La salle était blindée pour assister à la présentation par Joël Ronez, patron du pôle web d’Arte, des perspectives d’avenir pour les contenus audiovisuel web, le 19 novembre au Festival Européen des 4 écrans. Il faut dire que l’affiche est alléchante : Joël Ronez, outre qu’il est extrêmement à l’aise devant un auditoire, est responsable à la tête du pôle web d’Arte (avec ses complices d’Upian) des réalisations web documentaires les plus marquantes dans le paysage français et européen : The Twenty Show, Gaza / Sderot et très récemment 4 semaines au Louvre. Alors quand le monsieur livre ses clés pour un bon web documentaire, on écoute attentivement et on prend note (pas forcément dans l’ordre, pas forcément « haute fidélité »).

User Generated Web Doc + Doc TV
#1 pas de mystère : une (bonne) histoire et des (vrais) personnages
Le web pourrait bien révolutionner les écritures documentaires mais il est une chose qu’il ne révolutionnera pas : l’intérêt du spectateur / visiteur naît avant tout de la qualité de l’histoire qu’on lui raconte. Ce qui n’équivaut nullement à encenser le story-telling comme mode dominant de transcription du réel mais à (re)constater que la cohérence de la narration joue un rôle essentiel pour faciliter l’entrée du spectateur / visiteur dans le récit et capter son attention. Et tant qu’on y est autre chose que ne révolutionnera pas le web : l’importance de l’existence de personnages (qui font beaucoup d’ailleurs pour la qualité de l’histoire). Avec un peu d’épaisseur n’est-ce pas, qu’on ait envie de suivre et de « connaître ». En guise d’exemple, Joël Ronez dévoile en avant-première quelques écrans de Prison Valley, la nouvelle production Arte TV / Upian dont la sortie est prévue pour très bientôt. En l’occurence, la page consacrée à l’un des personnages du web documentaire, un syndicaliste dont le prénom m’échappe… Pour faire exister le personnage le plus simple est de l’embarquer dans le projet. Cette idée est déjà à l’oeuvre dans d’autres productions d’Arte TV : Twenty Show, présenté comme un « user generated film » ou film fait par les utilisateurs (d’internet, qui sont le sujet du web-dcoumentaire) ou encore 27 et moi, web-documentaire sur l’Europe, qui propose de suivre le quotidien de 27 européens au travers de leurs journaux.
#2 de la vidéo, de la vidéo, et encore de la vidéo
Pour un acteur issu de la télé, cela semble évident, mais à considérer le web documentaire dans son ensemble ça l’est beaucoup moins, le genre étant encore sous influence de ses glorieux prédécesseurs : documentaire audio, écrit, photographique… chacun en fonction de son support d’origine se projetant de façon différente sur le web. Bref, pour Joël Ronez, web documentaire = images qui bougent (une séquence vidéo pouvant parfaitement intégrer de l’image fixe, c’est même le principe de l’animation). Au-delà de l’héritage télévisuel, c’est la conséquence logique de la place croissante qu’elles tiennent sur le web (grosse consommation / production d’images qui bougent chez les digital natives). Les évolutions technologiques concourant par ailleurs au développement de la vidéo en ligne (et après tout l’ordinateur est aussi un écran).

Déjà pour 27 et moi, un flux de contenus proposés par des bloggers européens
#3 : go with the flux, babe
Quitte à utiliser le web autant écrire pour le web et intégrer à l’écriture les usages de la génération montante, celle qui est née connectée (les « digital natives »). Mais encore? Il y aurait certainement beaucoup à dire, le point que retient ici Joël Ronez est le flux, autrement dit l’alimentation en « temps réel » (du moins en continu) en contenu : pour exister sur le web, il faut savoir proposer du nouveau régulièrement, de préférence en lien avec ce qui agite la toile (autrement dit l’actualité). Donc être en capacité à produire du contenu (écrit, audio, vidéo) sur une base régulière et soutenue. C’est le cas par exemple dans 27 et moi, où 27 bloggers recrutés dans chaque pays de l’UE livraient leurs journaux vidéos…
Mieux vaut il est certain anticiper ce type de dispositif qui est loin d’être trivial tant en termes d’écriture qu’en termes logistiques. Chez Arte TV il y a par exemple des ressources dédiées à l’alimentation quotidienne des satellites mis en place autour d’un web documentaire (blog, page facebook, twitter…), et cela va encore plus loin avec un ovni comme 4 semaines au Louvre dont le principe est la mise en ligne quotidienne de contenus « riches » (vidéos et textes et photo+audio et audio).

4 semaines au Louvre
#4 : investir de nouveaux territoires
Ne pas brider son imagination en matière de terrains documentaires. Il est vrai qu’il vaut mieux s’appeler Arte TV pour, par exemple , investir pendant 4 semaines le Louvre pour proposer un regard croisant art et actualité au travers des collections de la vénérable institution. Tous les jours une brochette impressionnante de noms (Umberto Eco dans une chronique quotidienne, mais encore Ramuntcho Matta ou une pléiade d’invités) s’amuse à télescoper actualité et chefs d’oeuvre de l’histoire de l’art. Intriguant… Et donc hautement cliquable? L’expérience vient de débuter, à voir à l’usage (réaction des digital dinosaures de mon entourage à l’exposé de la proposition : ??!!).
Une idée cependant à retenir : ne pas hésiter à bousculer, c’est bon pour la couverture média et ça peut produire des choses intéressantes.
La suite de cet exposé dense… très vite (où il est question entre autres de formats : à multiplier, de moyens de production : être inventif pour limiter les frais, d’argent : ne pas lésiner) : c’est ici.
Voir, lire, explorer

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