Aurélie Hamelin, France 5 : « donner de la visibilité au web documentaire, le rendre accessible à un large public »

En réponse à un précédent billet consacré à la collection de documentaires multimédia Portraits d’un Nouveau Monde, inaugurée le 15 février par France 5, dans lequel, en bonne web zélote, je notais la facture « classique » et peu interactive du premier volet consacré à la Chine, Aurélie Hamelin, responsable de la collection chez France 5, a bien voulu répondre à quelques-unes de mes questions le temps d’un bref entretien téléphonique.

D’où il se dégage que pour Aurélie Hamelin, l’enjeu principal aujourd’hui est d’installer le web documentaire comme un genre à part entière et de toucher un public aussi large que possible. Un impératif qui explique la priorité donnée dans ce premier volet à la simplicité d’accès. Une interface qui donne toute sa place au contenu, canalise les interactions (pour mieux focaliser l’attention) et limite le « bruit » que pourrait engendrer la multiplication de fonctionnalités interactives. Pour faire court, si le web documentaire doit dépasser une audience limitée aux convaincus et aux technophiles, il lui faut privilégier la simplicité. L’argument se tient, tant il est vrai – et je concède volontiers avoir tendance à l’oublier – que l’intérêt même du web documentaire est loin d’être une évidence pour le public (y compris – surtout? – pour les afficionados du genre au format TV ou cinéma).
Autre conséquence logique de cette volonté d’élargir l’audience du web documentaire, la prime à l’histoire. Une histoire qui doit susciter une réponse émotionnelle forte pour gagner l’adhésion. Les quatre volets de la thématique Chine illustrent clairement cette volonté de mettre la réalité en récit… émouvant. On y parle de destins individuels qui témoignent d’une réalité plus large, et on y privilégie l’incarnation. Le traitement est heureusement sensible et pudique, car sur le fond, on pourrait discuter cette tendance à privilégier systématiquement l’émotion.
Pas de procès en sorcellerie, la fin est louable. Et Aurélie Hamelin insiste sur cette volonté de séduire le grand public comme un moyen d’accroître la visibilité du web documentaire. Et, au passage, dit ne pas souscrire à l’analyse – elle aussi volontiers spectaculaire – d’une concurrence frontale avec Arte. Les approches sont différentes, mais le pari au fond est similaire : conquérir et fidéliser une audience pour de nouvelles formes documentaires.

Mais revenons un instant au traitement, et c’est ici où si je comprends les arguments avancés par Aurélie Hamelin, je n’y adhère pas forcément. Laissons de côté la question du multimédia, ou de l’association d’images fixes ou animées et de son. Le documentaire n’a pas attendu le web pour être multimédia. Et si le web offre au photojournalisme de nouvelles perspectives, avouons que ça n’est pas non plus révolutionnaire.

Ce qui me taraude : qu’apporte le web, que peut-il apporter au documentaire qui justifie que l’on préfère l’écran d’ordinateur à celui de la TV ou du cinéma ou encore au bon vieux livre. Et sur ce point, je reste sur ma faim avec les propositions de France 5.

Aurélie Hamelin dit en plaisantant qu’elle se voit fréquemment répondre lorsqu’elle évoque les projets qu’elle mène : « ça à l’air très intéressant mais je ne peux pas plutôt le voir à la télé? ». Bien sûr, c’est d’abord une question d’usage et répétons-le l’ordinateur n’est pas en matière de documentaire et pour un large public un lieu naturel, voire légitime (qualité médiocre, confort tout relatif…).  Et quand bien même. N’y a t’il pas dans cette anodine réflexion matière à questionner un traitement qui laisse volontairement de côté ce qui est spécifique au web : interactivité, temps réel et hypertexte? Il ne s’agit d’ailleurs pas de céder aux mythes de l’interaction tout azimuth et de la participation spontanée : l’internaute n’est pas plus que le spectateur enclin à produire. A moins d’être personnellement investi dans le sujet, pour l’essentiel il consulte et signale. Mais renoncer à explorer ces possibles nous ramène à cette dérangeante évidence : pourquoi sur le web plutôt qu’à la télé?
Cela m’est venu après coup (l’esprit d’escalier du self-made commentateur), je n’ai donc pas eu le sentiment d’Aurélie Hamelin sur la question. Ce qui évidemment ne signifie nullement qu’elle n’aurait pas matière à alimenter ce débat. La preuve : interview maison de France 5 sur Portraits d’un Nouveau Monde.

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