Conversations avec un Digital Dinosaur #1 : le web est réel, le réel est (aussi) sur le web

King Kong contre GodzillaMon (grand) âge m’exclut de fait de la catégorie « digital natives » c’est à dire de cette génération née connectée, mes centres d’intérêt, parcours professionnel et lubies font en revanche de moi une digital dépendante. Je me trouve donc dans un entre-deux et suis pour tous les « digital dinosaurs » de mon entourage (documentaristes, journalistes, producteurs, amateurs de documentaire…), mes contemporains, un équivalent de chair d’un babelfish des nouveaux médias (et de leurs usages). Leur scepticisme exaspère la zélée technophile que je suis et en retour mon enthousiasme irrite ces réfractaires du web. Une source perpétuelle d’enrichissement, ne serait-ce que dans la confrontation… Extraits choisis. Aujourd’hui, pourquoi le documentaire doit investir le web.

le web est réel, le réel est sur le web

« Le web, le web : y en a marre, du web à toutes les sauces, du trans, du global, du multi… Le web, c’est l’écume, rien à y trouver que du futile ou du très pratique. Pour un billet d’avion pas cher d’accord, les vidéos de l’anniversaire de mémé, éventuellement mais soyons sérieux trente secondes, tu n’as quand même pas le front de penser que ça apporte quoique ce soit au documentaire de création! » Justement si, enfin ça va apporter énormément au documentaire de création, ou lui apportera, quand il cessera de considérer ce nouvel avatar de la modernité, de haut, le nez pincé.
Considérons les choses sous cet angle, dis-je à mon web dinausor. Il y a la photographie documentaire, l’écrit documentaire, le documentaire radiophonique, le documentaire audiovisuel et en devenir le documentaire web ou web documentaire. Le web comme support à une écriture documentaire. Jusque là, je n’ai énoncé que l’évidence et nous pouvons encore tomber d’accord. Où cela se complique : et en tant que support, un support passionnant et riche de possibles créatifs (zélée vous dis-je).

« Mouais : l’écume te dis-je, l’écume, le règne de la nouveauté pour la nouveauté, l’inconsistance… ». Non, camarade, tu négliges que le web est dans le réel, dans notre quotidien à tous (près de 32 millions de français de plus de 11 ans connectés, quotidiennement, jusqu’à 4 fois dans la journée) et qu’on le veuille ou non il est indissociable de notre réalité. Et, ce qui est passionnant  : c’est à la fois un outil, protéiforme, et un texte. En tant qu’outil il instaure (ou participe d’) un rapport au réel inédit (je laisse à d’autres plus compétents le soin de développer voir par exemple Read Write Web France) : identités versatiles et fragmentées, sociabilité augmentée, immédiateté et temps réel, désintermédiation (ce dernier point n’étant pas sans impact sur « l’industrie » documentaire) qui mérite assurément d’être pris en compte / utilisé par les écritures du réel. En tant que texte, il documente le réel avec une richesse phénoménale (pour ne pas dire écrasante) et une plasticité étourdissante (la vitesse, l’agilité avec laquelle – pour ne prendre que l’exemple largement commenté de Twitter et de l’insurrection iranienne – les réseaux sociaux parviennent à s’infiltrer dans un réel difficilement accessible aux médias traditionnels). Et là encore, comment le genre documentaire pourrait-il passer à côté de cette matière, certes brute (et oui à l’extrême, anecdotique, erronée) mais foisonnante?

J’ai beau… m’escrimer, m’agiter … Je ne convainc pas. Soupçonnée, à juste titre, de me rouler avec délices dans l’écume.
La conversation se poursuit…

Tags: , ,

Aucune Réaction pour l'instant.

Réagir