Le palmarès webfilms du festival européen des 4 écrans

Un dispositif prometteur pour le web documentaire de Lech Kowalski. Essai à transformer.

Un dispositif prometteur pour le web documentaire de Lech Kowalski. Essai à transformer.

Un palmarès qui cherche l’équilibre, récompensant une « web » fiction et un web documentaire. L’écran d’or revient à Living with the Infidels, mini serie sur les démêlés d’une cellule terroriste avec les tentations décadentes de « l’Occident » dans l’Angleterre working class de  Bradford ou les pieds nickelés font leur Djihad, l’écran d’argent récompensant le travail de Lech Kowalski, Camera War, chronique de l’Amérique contemporaine menée sur un an.

Passons sur l’écran d’or, qui traduit certainement la jeunesse du genre web fiction… Living with the Infidels est sympa, sans plus et le web n’a pas grand chose à y voir (si ce n’est de permettre l’existence de la série et de donner un format… bref – laissons ici de côté, pour l’instant, le mythe web = court). Le travail de Lech Kowalski méritant qu’on s’y attarde un peu plus. Camera War est un essai intéressant d’un documentariste chevronné, fin observateur de l’underground US (entre autres). Où il est clairement question de ce que le web peut apporter à l’écriture documentaire. Une narration en fragments, dans laquelle le visiteur entre à sa guise, qui parvient à traduire un regard, un blog pour susciter commentaires et contributions et à venir un film pour sortie en salles, intégrant l’ensemble de ces éléments. Le dispositif est prometteur… Et se heurte à un écueil prévisible : l’absence de commentaires et contributions de la part des internautes. Où l’on entrevoit les limites du genre participatif. Susciter la participation ne se résume pas à la permettre, encore faut-il

  1. résoudre le terme CwF (Connect with Fans) de l’équation CwF + GtB = $$$ (une audience + des incitations à l’achat = €€€),
  2. laisser de la place au visiteur dans le récit

Créer une audience pour un web documentaire suppose un important travail en amont. Le champion français du genre Arte TV dédie d’ailleurs sur ses productions des ressources à temps plein à la délicate tâche qui consiste à séduire le visiteur potentiel sur les réseaux sociaux.

Et une fois le visiteur appâté encore faut-il qu’il entrevoie dans le récit des espaces où immiscer  sa voix. Un équilibre difficile à trouver entre tenir une trame (ce qui est déjà difficile sur la base d’un assemblage de fragments à parcourir librement), qui est une condition nécessaire pour éveiller l’intérêt dans la durée, sans l’imposer.
Peut-être d’ailleurs est-ce illusoire. Le web changerait-il à ce point les données de l’expérience du « spectateur » (fondamentalement, ce que nous cherchons n’est-ce pas de nous laisser porter par un récit) pour le conduire à passer derrière la caméra (ou autres)? Les usages du web indiquent un brouillage de la frontière producteur / consommateur. Est-ce suffisant à produire des formes de co-écriture?

Le dernier épisode de Camera War a été mis en ligne en septembre (sans qu’aucun épisode ne suscite le moindre commentaire sur le blog) et le web documentaire va certainement bénéficier d’un regain d’intérêt avec l’écran d’argent. A suivre, donc.

Voir, lire, explorer

>> Living with the Infidels

>> Camera War : le web documentaire, le blog

>> A propos de Lech Kowalski

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