
En avant-première mondiale, la réalisatrice Sally Potter diffuse gratuitement sur le web et le web mobile (via babelgum) son dernier film RAGE, dans les coulisses du monde de la mode.
Un casting grand luxe (Jude Law en travesti est à couper le souffle), une esthétique très travaillée, un dispositif minimaliste … Une réussite pour ce film qui traite de la folie du monde par le prisme du microcosme de la mode, sans jamais, tour de force, montrer une seule image de défilé.
Tout se passe, tous passent, devant l’écran de portable d’un étudiant baptisé Michelangelo. Sally Potter fait le choix d’une narration intimiste, une galerie de portraits, une grande partie de l’intrigue se jouant délibérément hors champ. C’est le son, périphérique, qui raconte ce que la caméra ignore (la musique du défilé, le crépitement des flash lors de la conférence de presse, les cris des manisfestants dehors, les coups de feu…). Insensiblement l’intrigue glisse du convenable et convenu exercice « dans les coulisses de » façon Fashion TV à la chronique déréglée de petits meurtres entre « amis ». Au fil des épisodes ( à ce jour 6 sur les 7 que compte la série pour le web), les manequins tombent comme des mouches avec les masques, qui révélent au passage l’absurdité et la cruauté de ce monde qu’un personnage (Judy Dench en chroniqueuse mode désabusée) qualifie de « pornographique ».
Au-delà de ses qualités artistiques le projet de Sally Potter est intéressant pour le côté expérimental de sa stratégie de distribution. Diffusé gratuitement sur internet, le film est également à l’affiche et en vente en DVD. Sally Potter espérait par là certainement donner une large visibilité à son film et dit-elle sur son blog contourner le piratage et tester de nouveaux modèles économiques pour le cinéma indépendant. Il est trop tôt encore pour juger de la réussite de l’opération mais Sally Potter déplore déjà que, malgré la mise à disposition gratuite du film, le DVD ait été piraté et soit téléchargeable illégalement en Torrent.
Je comprends sa déception : le film est visible gratuitement, pourquoi le pirater, au seul tort de ceux qui ont travaillé à sa réalisation (et dont la rémunération est conditionnée par les ventes du DVD)? Malveillance? Inconscience? Protestation contre le côté clinquant de l’opération et du film (un budget d’1 M $ tout de même, pas un gros budget pour le cinéma mais à l’échelle de maintes productions indépendantes de quoi produire une série complète)? Pas plus qu’elle je ne m’explique la démarche des pirates. Et de me dire qu’il a un effort de pédagogie à faire, comme dans le domaine de l’agriculture, tiens par exemple. Voilà c’est ça : acheter en direct c’est permettre à un artiste, à un studio de production indépendant de gagner sa vie, de continuer à produire, comme c’est le cas avec les AMAP. Et pourquoi ce qui fonctionne dans le domaine des produits agricoles ne fonctionnerait-il pas pour la culture? La culture ça se mange pas, c’est immatériel, ce n’est pas comme un kilo de patates, on ne peut pas y attacher une valeur au kilo… Sauf que la culture ça nourrit quand même et ça coûte. Peut-être dans le fond faudrait-il simplement exposer les dessous de la production de ce type d’oeuvre : combien est payé le monteur? combien est payé le comédien? combien touche le studio de production? Et jouer la transparence : chaque euros que vous versez va permettre de financer ça, ça, ça ou ça.
Et c’est peut-être là que l’opération RAGE pêche : devant un tel étalage de stars et une telle débauche de moyens (relative, tout de même, ça n’est pas non plus la sortie du dernier né des studios Pixar) on peine peut-être à croire au scénario de l’artiste indépendant qui se bat seul contre le système pour exprimer sa vision (sans aller jusqu’au soupçon de récupération de la hype).
Voir, lire, explorer
Very Bad pirats sur le blog de Sally Potter



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