Dans l’arsenal des armes d’identification massive, deux web documentaires qui ont fait grand bruit ces dernières années, Voyage au Bout du Charbon et Thanatorama, usent d’une technique vieille comme les livres dont vous êtes le héros (qui est d’ailleurs une référence très explicite de Thanatorama) : placer le spectateur dans la peau du personnage central de l’histoire. Dans Voyage au Bout du Charbon, vous êtes un reporter qui, à la faveur d’une enquête sur les mines d’Etat en Chine, découvre l’envers peu reluisant du décor, dans Thanatorama, vous êtes « le héros mort » du récit. Dans l’un et l’autre cas, vous êtes invité à prendre les choses en main (cliquez ici, là, là).
Le procédé artificiel pour ce qui est de l’identification et un peu téléphoné en matière d’invitation à l’immersion. Mais dans le cas de Thanatorama, le point de vue subjectif, du mort, très bien tenu, produit indéniablement une réaction (entre malaise et fascination morbide) et le parti pris est suffisamment audacieux pour retenir l’attention. Et dans l’autre, et on oublie assez vite ces prémices (en dépit du mélange toujours dérangeant du ludique et du sérieux pour des sujets aussi graves) pour se laisser capter (pas forcément) jusqu’au bout… par le sujet (ah, la Chine) et la qualité visuelle et sonore.
interactif?
Qu’en est-il de l’autre fin que sert ce type de dispositif, à savoir l’interactivité. Suffit-il à faire de l’un ou de l’autres des oeuvres interactives que le visiteur parcourrait à sa guise et dont il écrirait la trame? Non, bien sûr, pas plus que dans les livres dont nous étions enfants les héros où l’histoire en forme d’arborescence se déclinait autour de quelques variantes. Voire moins. Le récit est dans l’un et l’autre documentaire beaucoup plus contraint (maîtrisé pourrait-on dire). Ce n’est pas forcément une critique : après tout nous spectateur n’avons pas toujours le désir d’aller chercher un sens caché, d’explorer dans toutes directions, voire s’agissant de documentaire ce n’est pas ce que nous recherchons. Il est aussi (d’abord?) question de suivre un regard porté sur une réalité qui peut nous être familière ou non mais revêt toujours dans le travail de l’auteur un tour inédit et de se laisser emmener.
Le web documentaire, qui se cherche encore une écriture propre, doit probablement en passer par là, pour mieux se dégager de cet artifice (ou l’exploiter pleinement), et avouons que Thanatorama tire très bien son épingle de ce jeu, mais vraiment non, l’interactivité ne se résume pas à faire du spectateur le soi-disant héros. Un code emprunté au jeu, qui fonctionne dans le jeu (et après tout le webdocumentaire pourrait aussi hybrider du côté du jeu), mais qui manque encore ici de sophistication dans le récit.
Voir, lire, explorer
Thanatorama, une aventure dont vous êtes le héros mort
Découvrir, redécouvrir les livres dont vous êtes le héros (le site d’un fan)



Twitter
Delicious