Qu’est-ce que le web documentaire? Un documentaire diffusé sur le web et exploitant les possibilités qu’offre ce média : multimédia et interactivité? Est-ce véritablement nouveau? Quelles possibilités pour l’auteur? Pour le lecteur?
L’association de divers médias n’est pas forcément un élément de nouveauté. Dans sa version audiovisuelle, le documentaire associe par définition image en mouvement ou fixe et son. Et l’association images fixes, son, qui semble être l’un des formats prééminents du web documentaire, a un précédent à juste titre fameux et célébré, La Jetée réalisé en 1962 par le photographe et cinéaste Chris Marker.
L’interactivité ou plus précisément la position qu’occupe le spectateur / visiteur semble déjà un élément de différenciation plus saillant du web documentaire par rapport aux autres formes d’écritures documentaires. On visite un site internet plus qu’on en est spectateur. Autrement dit le public joue un rôle actif dans la narration. Mais n’est-ce pas le cas pour toute oeuvre? Certainement, le public est toujours coproducteur du sens de l’oeuvre. A cela près que sur internet, le dispositif est moins contraignant qu’au théâtre ou au cinéma par exemple (je peux bien sûr toujours quitter la salle avant la fin du spectacle / film et pourrais très bien assister à plusieurs représentations / séances pour voir une même oeuvre…) et induit une participation beaucoup plus « active » (au moins sous la forme d’une activité manifeste, il n’est pas ici question d’activité intellectuelle), le visiteur pouvant par ses choix influer sur la narration. Là encore il existe des précédents : livres dont vous êtes le héros, jeux vidéos et CD-ROMS…
Autres facteurs de différenciation possible : la discontinuité, la non-linéarité et la co-production par le visiteur (leur possibilité). Internet facilite une « lecture » non linéaire : a priori un site internet peut être abordé par n’importe laquelle de ses pages et l’hypertexte permet de créer des relations multiples entre deux morceaux de « texte », support à des parcours divers au sein d’une oeuvre. La « lecture » sur internet se prête également parfaitement à la discontinuité. Il est possible de s’interrompre et reprendre en tout point et à tout moment (mais ça le livre aussi le permet, n’est-ce pas). Enfin et c’est certainement l’une des voies les plus prometteuses (même si aussi la plus délicate à manier) qui s’ouvre au documentaire sur le web : la co-production par le visiteur du récit. Ce qui en la matière est nouveau, c’est le brouillage généralisé (avec la démocratisation des outils de production numériques) de la frontière entre spectateur et créateur. Les enfants du web (prononcer digital natives) en particulier produisent du contenu autant (presque) qu’ils en consomment. Pour l’essentiel parfaitement anecdotique (ma meilleure grimace en vidéo en pyjama sur YouTube) et parfois ça ne l’est pas. Quoiqu’il en soit, c’est certainement en matière de documentaire une voie à explorer : une opportunité d’un croisement de regards dans la matière même du film (plutôt que comme le produit de sa « consommation »). Là où évidemment ça se complique : il ne suffit pas d’ouvrir les coms sur une vidéo pour qu’affluent des réponses pertinentes… et puis quid du regard construit que propose un réalisateur (qui reste ce pourquoi on regarde un film) quand il se mêle au tout venant…
Finalement, la grande nouveauté du web documentaire (au-delà des formes qu’il revêt aujourd’hui) est qu’il réunit sur un même média des caractéristiques jusqu’alors disséminées sur divers médias et s’ouvre sur une (multi)vision sociale du réel. En cela son caractère « multimédia » et participatif peut être porteur de formes d’écritures inédites. Enfin, on peut l’imaginer et le souhaiter.
Je n’aborde pas ici la question du format (durée et format d’image), point focal de bien des débats, j’y reviendrai, mais je ne suis pas persuadée qu’il s’agisse d’autre chose que d’une contingence amenée à être reconsidérée à mesure que les technologies et usages évolueront.
Je voudrais terminer sur un constat dressé par Virginie Clayssen lors de l’université d’été du Cléo qui se déroulait à Marseille. Essentiellement ce que recherche le lecteur / spectateur dans une oeuvre c’est un regard autre, une immersion dans un récit qui lui est conté, ce n’est pas forcément d’avoir à produire lui-même le récit. Déjà le CD-ROM annonçait l’avènement d’écritures non-linéaires et la possibilité pour le lecteur de produire le récit… L’excitation a fait long feu. Ça fonctionne dans l’univers du jeu, parce que c’est d’emblée une posture ludique qui est annoncée…
Voir, lire, explorer
Tentative de définition du webdocumentaire sur le blog / mémoire de Emiland Guillerme
Homo numericus : retour à Gutenberg? sur le blog de Virginie Clayssen (TeXtes)



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